A l’inconnue !
8 mars 2026
En prenant le métro, j’ai vu la tristesse dans le fond de tes yeux, une tristesse profonde proche d’un désespoir. Ton visage était beau mais ta lèvre supérieure était blessée et tu tenais ta mâchoire endolorie. Nos regards se sont croisés et tu as vu que j’avais compris, tu m’as souri délicatement. A certains, tu raconteras sans doute que tu as glissé et que tu es tombée, ils te croiront ou pas mais ne poseront aucune question par pudeur, par gêne ou par discrétion.
Tu as été battue et cette violence est insupportable, elle atteint ta dignité de femme. J’aurais voulu te dire un mot. Je me suis tu et tu es descendue à la station suivante. Dans mon cœur, je t’ai bénie.
En buvant un verre le même jour dans un café parisien, une jeune serveuse prenait notre commande, elle me semblait fardée, beaucoup trop fardée. J’ai aperçu sur le côté de son visage une marque presque violette, large comme la paume de la main. Elle aussi a peut-être glissé et est tombée sur l’angle de la table de la cuisine ?
Je ne supporte pas la tristesse liée à ces douleurs cachées, enfouies par peur ou par honte. Je ne supporte pas non plus cette part du masculin qui s’impose avec violence pour garder le contrôle sur l’autre et ce bouquet de fleurs qui arrive sans âme comme pour pouvoir effacer ce qui est inadmissible.
J’interroge la violence et la tristesse du monde, la confiance ou la défiance en l’autre, le respect de sa vie, le geste qui rend digne et élève et celui qui abaisse. J’interroge ma propre violence intérieure, mes peurs et ma tristesse, j’interroge mon masculin lorsqu’il est capable de colère.
J’ai constaté moi-même que l’expression « qui ne dit mot consent » est fausse, totalement fausse. Je me crois incapable de violence mais mes mots, certains de mes regards ou gestes ont quelque fois été durs ou inappropriés. Il n’y a pas la victime d’un côté et le méchant de l’autre, mais la dualité de chacun en recherche d’unité.
J’essaie de comprendre le masculin qui s’emporte mais je ne l’accepte ni en moi, ni chez les autres. Nous les hommes avons beaucoup à apprendre de la douce force des femmes et de leur capacité à garder leur dignité, même dans les épreuves. Nous avons à faire l’apprentissage de la douceur en toute circonstance et à trouver ce fragile équilibre entre les beaux côtés du masculin et ceux du féminin et chercher ainsi en nous la dimension sacrée qui nous est donnée.
En regardant la tristesse et le désespoir dans le monde et en moi - car tout ce qui est extérieur est aussi intérieur, y compris la guerre – je m’ouvre à tous les possibles et à notre capacité à aimer et à respecter l’autre, je me tourne vers mon Dieu décrit par le psalmiste « lent à la colère et plein d’amour ». Je dépose devant lui la vie des femmes et des hommes vulnérables et aimants, libres et sacrés et je demande avec vous tous et vous toutes la force de transformer nos peurs, nos colères et la tristesse qu’elles engendrent.
Je crois que l’amour élève l’être et lui donne sa dignité de vivre, que les larmes peuvent être le terreau de la joie car elles ramènent à l’essentiel, à la préciosité de la vie. Pleurer, c’est accueillir de nouveau la source jaillissante d’énergie cachée en soi et guérir ses blessures.
"Qui a semé dans les larmes moissonne dans la joie ! Il s’en va, il s’en va en pleurant, chargé du sac de semence. Il revient, il revient dans la joie, chargé de gerbes" Psaume 125
Je souhaite que chaque montée de violence se transforme en gestes et paroles de paix et que chaque larme de tristesse devienne bouquet de joie.

A celle qui est blessée - d’après le psaume 91 - Psaumes insolites
Beaucoup trop de femmes dans le mondeSont harcelées, violentées, déshonoréesSous le pouvoir et la manipulation,Mais toi tu es là, confiante !La tête droite et les yeux ouverts,Ton regard ne faiblit pas,Tu trouves ta force en DieuEt lui te donne la dignité d’être femme.Il te protège de la violenceEt du pouvoir des malveillants,Tu retrouves auprès de lui une force,Une raison de vivre et de lutter !Avec lui tu n’auras plus peurDes paroles qui blessent le cœurOu de ceux qui en veulent à ta vie,Car tu es libre et forte devant tous.Quand je me tiens calme et silencieuse,Que je médite au pied du grand arbre,Je dis au Seigneur : “ Tu es mon refuge,Mon appui, mon Dieu en qui je me confie ”.Aucun malheur ne t’arriveraCar les âmes des justes te protègerontEt Dieu lui-même sera à tes côtés,Tu pourras marcher libre sur tous les chemins.Dieu, prononce sur elle une bénédiction,Une parole qui l’apaise et la rassure.Elle parle et toi tu lui réponds,Tu la délivres de toutes ses angoisses.Tu la protèges, elle connait ton nom,Tu la glorifies dans la beauté de son regard,La rassasies de ta tendresse,Jamais plus elle ne baissera la tête.Dans son cœur nait une joie profonde,Elle se sent écoutée et aimée,La tête levée elle avance,Personne n’osera porter la main sur elle.Quand je me tiens calme et silencieuse,Que je médite au pied du grand arbre,Je dis au Seigneur : “ Tu es mon refuge,Mon appui, mon Dieu en qui je me confie.